Afro-Affirmation :
Les cheveux chez les femmes de la diaspora noire montréalaise
Afro-Affirmation est né de mon propre rapport à mes cheveux, façonné à la fois par l’héritage, la culture et le regard d’autrui, puis d’une volonté de montrer la place qu’occupent les cheveux chez les femmes de la communauté noire montréalaise.
Depuis la naissance, les pratiques capillaires afro font partie de mon quotidien et de mon environnement. Pourtant, j’ai souvent constaté que leur richesse et leur symbolique restent mal comprises ou ignorées dans l’espace public.
Les cheveux afro sont bien plus qu’une question d’esthétique : ils sont un langage. En Afrique précoloniale, les coiffures pouvaient exprimer le statut social, la situation matrimoniale, la religion et plus. Le tressage était un art maîtrisé et transmis par les femmes les plus expérimentées de génération en génération. Cette profondeur se retrouve dans les pratiques d’aujourd’hui, même si les contextes ont changé.
L’esclavage et les normes eurocentriques ont longtemps dévalorisé ou contrôlé les cheveux des personnes noires, mais cette beauté résiste, portée par une communauté qui se relève toujours. Vers les années 1960-1970, l’afro devient un symbole politique et une affirmation identitaire. Des figures comme Angela Davis ou Nina Simone incarnent cette fierté, et le mouvement « Black is Beautiful » célèbre les cheveux naturels comme geste de résistance face aux normes eurocentriques.
On constate une résurgence de cette philosophie avec des mouvements tel que le Natural Hair Movement, qui réaffirme l’importance des cheveux afro comme expression de soi et de sa culture.
À travers Afro-Affirmation, je cherche à mettre en lumière une communauté forte, complexe, et fière, encore trop peu représentée.
Montréal, avec sa diversité et ses communautés noires venues de multiples horizons, représente un terrain riche où se croisent traditions, influences contemporaines et expression individuelle. J’explore comment ces réalités prennent forme ici, dans les salons et dans la rue. Mon processus repose sur l’observation et la rencontre : faire connaissance avec ces femmes, ces coiffeuses, écouter leurs histoires, puis traduire ces récits en images. Je cherche à montrer la façon dont chaque coiffure raconte un fragment d’identité.
Telles les mèches d’une tresse, mes images s’entrelacent et construisent un récit collectif où l’histoire, la modernité et l’expression personnelle se rencontrent.